Parité dans la Tech : où sont les femmes ?

Life at OVH
16 April 2018
Emilia Chemineau
Parité dans la Tech : où sont les femmes ?
Parité dans la Tech : où sont les femmes ?

Les chiffres le montrent : la parité femmes – hommes est loin d’être atteinte dans la tech. Comment renverser les clichés et encourager les femmes à s’intéresser aux métiers de l’informatique ? Des initiatives existent, et OVH s’engage, comme les grandes entreprises du numérique, à travers sa politique de recrutement et en soutenant des associations qui visent à promouvoir les femmes dans les filières technologiques.

Les femmes dans les métiers de la Tech (droits réservés)

Les femmes et l’informatique en France : quelques chiffres

Dans les universités, les écoles et les métiers de l’informatique, les femmes ne sont pas très nombreuses. En effet, seuls 13 % des lycéens suivant une Terminale « Sciences de l’ingénieur », et 15 % des étudiants ayant choisi de poursuivre des études en informatique dans l’enseignement supérieur (IUT et STS) sont des jeunes femmes (1). Si le flux de lycéennes scientifiques reste stable depuis 2010 avec 53,6 % d’inscrites, seulement 7 % s’inscrivent ensuite en BTS informatique (2). Et dans le monde professionnel, on compte 33 % de femmes dans le secteur du numérique (3).

Mais certaines femmes, en tous cas certaines développeuses informatique, pourraient ne pas être prises en compte dans les statistiques relatives à l’éducation. Car 89,8 % des développeurs (tous sexes confondus) déclarent être, au moins partiellement, autodidactes. Ils/elles sont près d’un sur deux à suivre des formations en ligne, et 32 % déclarent avoir appris “sur le tas” en étant en poste (4).

Les perspectives de recrutement dans l’informatique

Si l’on ne devait retenir que l’argument numéraire, le nombre de femmes employées dans l’informatique stagne depuis 20 ans, mais il devrait naturellement évoluer. Car à l’ère du tout numérique, chaque entreprise est vouée à devenir une organisation technologique, et l’informatique en est le levier principal de développement. Le secteur recrute en masse, et les femmes auront un rôle important à y jouer. Par exemple, en 2020, les ingénieurs et cadres techniques de l’industrie, les personnels d’études et de recherche et les ingénieurs de l’informatique pourraient offrir au total 220 000 emplois supplémentaires, soit un taux de création net de 2 % par an en moyenne (4). D’ailleurs, sur la liste des métiers les plus recherchés par les recruteurs figurent en tête les développeurs de logiciels, suivis de près par les développeurs web, les ingénieurs en système d’information, les ingénieurs commerciaux et les chefs de projet (6). C’est le cas pour OVH qui compte recruter de nombreux collaborateurs en 2018. « Ce que nous recherchons en priorité, ce sont des femmes et des hommes sans distinction de genre puisque notre objectif est d’attirer des talents dont les principales compétences sont : le leadership, le savoir-faire, et un état d’esprit agile, flexible et innovant », commente Stéphane Voisin, Talent Acquisition Specialist chez OVH.

Pourquoi trouve-t-on alors si peu de femmes en informatique ?

Plusieurs raisons peuvent être invoquées. L’une d’entre elles pourrait être liée à la précarité et à l’industrialisation des pays. En effet, si en Asie, en Amérique latine et en Russie, on trouve 50 % de femmes diplômées en informatique, on en compte seulement 18 % en Europe, et 11 % en France (7). Quant à l’Inde, la Chine, la Malaisie, le Brésil ou l’Afrique du Sud, ces pays sont aujourd’hui en train de conquérir le secteur du numérique à toute vitesse, et cela en partie grâce aux femmes qui s’emparent progressivement des métiers de l’informatique.

Une autre raison pourrait être que les femmes font rarement des carrières longues, préférant des virages dans des secteurs plus confortables pour leurs vies privées. En effet, 56 % des femmes quittent leur poste dans la tech en cours de carrière. Parmi les raisons invoquées par celles ayant fait ce choix, on retrouve en tête les conditions de travail, ainsi que l’équilibre vie privée-vie professionnelle. Elles sont aussi sous-représentées dans l’écosystème de la création d’entreprise : à l’échelle mondiale, seules 20 % des start-up technologiques sont créées par des femmes (8).

Dans tous les cas, il ne s’agit pas d’un problème de compétences ! Comme le montre une étude réalisée par des chercheurs en informatique, sur la plateforme de développement open source Github, le code écrit par les femmes est plus souvent approuvé par la communauté que celui écrit par les hommes (9).

 

Comme le montre une étude réalisée par des chercheurs en informatique, sur la plateforme de développement open source Github, le code écrit par les femmes est plus souvent approuvé par la communauté que celui écrit par les hommes

L’avis d’une experte et le constat d’une étude

Isabelle Collet, maîtresse d’enseignement et de recherche en sciences de l’éducation à l’université de Genève, et auteure du livre « L’informatique a-t-elle un sexe » (éditions L’Harmattan, 2006) propose une autre explication . Selon elle, avant la banalisation de la présence de l’ordinateur dans les foyers, c’est-à-dire avant les années 1990, l’informatique était peu connue du grand public. Un informaticien était perçu comme un.e scientifique qui travaillait dans un bureau. Aussi les femmes étaient-elles attirées par les métiers de l’informatique au même titre que toutes les autres disciplines de l’ingénierie. Puis l’arrivée des ordinateurs dans les maisons a changé cette perception. Car ces derniers étaient majoritairement utilisés par les hommes, pour jouer à des jeux vidéo ou pour s’initier au « hacking ». Isabelle Collet en déduit alors que la représentation que l’on s’est fait de l’utilisateur de l’ordinateur est devenue celle d’un « geek », masculin donc. Sans compter que les publicités de l’époque, à l’instar de celle d’IBM (Dad can I use the IBM computer tonight ?), étaient clairement destinées aux hommes. C’est donc, pour l’enseignante et auteure, à partir des années 1980-1990 que le poids des clichés s’installe, diffusant une image très masculine du secteur informatique. En conséquence, les femmes se sont progressivement désintéressées de ces métiers (10).

Enfin, pour répondre à la question de savoir pourquoi on trouve si peu de femmes dans la tech, une étude de Kaspersky Lab analyse que c’est parce qu’elles perçoivent ces métiers comme très techniques, et que c’est pourtant une idée bien éloignée de la réalité. En effet, dans les métiers de la cybersécurité en Europe, en Israël et aux États-Unis, on compte seulement 11 % de femmes. L’entreprise de sécurité russe précise qu’elles renoncent à y faire carrière car elles en ont une perception négative, le sentiment de ne pas avoir les compétences requises, et déplorent l’absence de modèles féminins pour les encourager à s’y intéresser (11).

Les initiatives pour réconcilier les femmes avec l’informatique

Face à ce constat – clichés, méconnaissances, et manque de figures féminines emblématiques – de nombreuses initiatives pour attirer les femmes dans l’informatique se développent. Par exemple, début 2017, les deux ministères de l’Éducation nationale et des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes ainsi que le secrétariat d’État chargé du Numérique et de l’Innovation ont signé un plan pour la mixité des métiers du numérique. Son objectif est de promouvoir ces professions dans les  dispositifs d’orientation des établissements scolaires, de faire connaitre les femmes qui mènent des carrières dans ce secteur, et de lutter contre les stéréotypes qui les découragent de s’intéresser à ces filières.
Il existe aussi beaucoup d’initiatives associatives, à l’instar de : Girls in Tech, qui œuvre à accélérer l’entrée des femmes sur le marché des nouvelles technologies et des start ups ; de  Pink Innov’, un réseau de femmes qui propose des analyses et méthodes en matière d’innovation ; ou encore de Code First Girls, au Royaume-Uni, qui s’engage à former gratuitement au code informatique 20 000 femmes d’ici à 2020. OVH est d’ailleurs partenaire de cette initiative et la co-finance.
Ça bouge aussi côté entreprenariat, par exemple, à l’incubateur Station F, on trouve 40 % de start ups dirigées par des femmes.

 « L’évolution de ces vingt dernières années reste loin d’être suffisante. Paradoxalement, certains mouvements se sont constitués avec une vision très girl power, reproduisant le clivage du modèle qu’ils dénoncent. J’ai la conviction que l’issue la plus productive reste de réellement incarner la mixité en se concentrant sur les sujets propres à la société, et non plus seulement cristallisés sur les difficultés des parcours féminins. Néanmoins la promotion de la formation de métiers féminins reste nécessaire à travers les interventions dans les écoles, les ateliers lors d’événements, le mentoring dans les associations ou les entreprises, etc. », commente Fabienne Billat, fondatrice de la délégation lyonnaise des Femmes du Numérique – depuis 2011, ce programme vise à promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes dans le secteur du numérique et d’en valoriser les métiers dans les milieux de l’éducation, de l’orientation, de la formation et des entreprises.

Le monde de l’informatique est extrêmement dynamique, de nouveaux emplois s’y créent chaque jour ! Plus les femmes s’y intéresseront, en France comme à l’international, plus l’innovation et l’entreprenariat en profiteront. Pour y parvenir, tous les acteurs telles que les entreprises, associations, écoles, doivent s’ impliquer, et se remettre en cause pour porter un regard nouveau sur la femme dans les métiers de la tech.   

Sources :

1- Etude Gender Scan, réalisée par Global Contact, 2017

2- Dans les filières high-tech, la part des étudiantes diminue, Le Monde Campus, 2017

3- Etude sur l’attractivité des métiers du numérique et de l’ingénierie pour les publics féminins en France, réalisée par Syntec Numérique pour le compte de l’Opiiec, mars 2016

4- L’étude Le marché du recrutement des développeurs, édition 2017, réalisée par Stack Overflow, plateforme web réunissant la plus grande communauté de développeurs au monde

5- Les métiers en 2022, France Stratégie et la DARES, 2015

6- Troisième baromètre LinkedIn pour « Le Monde Campus: Les développeurs, rois du marché de l’emploi en France, Le Monde Campus, 2017

7- @letudiant

8- Infographie La croissance des femmes dans la Tech Industry est 238 % plus rapide que celle des hommes, présentée par Ecoreuil.fr

9- Women are seen as better coders than men – but only if they hide their gender, via @wef

10- La disparition des filles dans les études d’informatique : les conséquences d’un changement de représentation, Carrefours de l’éducation, Isabelle Collet, 2004

11- 11%  – Une étude pour comprendre pourquoi les femmes ne travaillent pas dans la cybersécurité, Kaspersky Lab, 2017

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